Les biefs et l'agriculture d'hier, d'aujourd'hui et de demain :

Dans les siècles passés, et jusqu'à seulement quelques décennies, la vie à la campagne utilisait une main d'oeuvre plus importante qu'actuellement. La nature payait en les travailleurs directement en retour de "l'aménagement du territoire" que représentait le travail de la terre. Sans moyens de transport de masse, la production était destinée pour la plupart à une consommation locale. Bref,"l'avantage en nature" nourrissait plus de monde qu'aujourd'hui.
Le cheval, l'âne ou le boeuf faisaient office de tracteur pour transporter les récoltes et cultiver la terre.
Tout au long des rivières, et sur l'ensemble du territoire, la force hydraulique faisait tourner les moulins, les scieries ou les usines tissage. Déjà les moulins à vent, éoliennes de nos ancètres, étaient présent sur certains sites venteux .
Hélas,l'arrivée des machines à vapeur, gourmandes en charbon et en bois a profondément modifié le territoire. La déforestation s'est amplifiée alors que les villes se sont mises à s'agrandir.
Les campagnes se sont vidées de leurs hommes qui ont cherché des emplois dans l'industrie et en ville.
La course à la production par le machinisme et les engrais a conduit les exploitations agricoles à s'agrandir donc à diminuer en nombre. Le déboisement, la suppression des haies, le drainage des zones humides ont petit à petit modifié le cycle de l'eau. Le volume perdu en ruissellement a augmenté et favorisé l'aggravation des inondations . Dans toutes les campagnes, on voit actuellement d'énormes fossés chargés d'accélèrer les écoulements, sans que personne ne réagisse.Les seules règles qui dictent les pratiques agricoles étant celles de la concurrence, celles-ci conduisent les agriculteurs à drainer les terres selon la ligne de plus grande pente là où elle sont trop humides et à pomper les nappes phréatiques là où la pluviosité est insuffisante.
Une vision plus globale et concertée des possibilités de mieux gérer la ressource en eau sur la surface totale du territoire peut offrir des emplois et des rémunérations agricoles supplémentaires. Le travail d'entretien et de surveillance d'un réseau d'eau composé de biefs et de bassins tampons chargés de répartir l'eau de qualité profiterait aussi l'agriculture bio . Cela ferait prendre conscience que l'eau n'est pas seulement un moyen de pousser impunément en aval vers la rivière pesticides et engrais excédentaires ou autres huiles de vidanges de tracteurs et d'engins forestiers.
L'eau est une richesse dont il faut intégrée globalement la gestion dans les structures de l'économie. Actuellement, l'absence de cette vision globale conduit à des aberrations et abus des services ou des industries chargées de ces problèmes d'eau. Un vrai travail rémunéré pourrait se développer sur l'ensemble du territoire pour entretenir le réseau des biefs. Ce travail serait encadré par des directives provenant des données hydrologiques traitées pour informer sur le terrain des valeurs de débits à l'entrée des biefs ou de la hauteur d'eau dans les bassins tampons ainsi que de la qualité des eaux.En retour on pourrait chiffrer l'effet de la remontée des nappes phréatiques et l'incidence sur le régime des cours d'eau
L'idée est de chercher à faire cheminer les eaux propres des têtes de bassins versants sur les versants droit et gauche d'une rivière de façon à préserver et utiliser les potentialités de l'eau.
Cette activité de préservation des eaux de qualité doit également s'accompagner de mesures du coté des rejets de l'ensemble des activités. En particulier, les pâturages doivent être isolés des zones humides à écoulements permanents par des barrières afin d'éviter aux bovins de faire leurs rejets directement dans les ruisseaux et les rivières.
L'implantation d'un réseau de biefs d'intérêt général sur le territoire nécessiterait de placer des canaux suivant les courbes de niveau. Bien sûr là ou pendant des siècles on a négligé des préserver les biefs, le paysage s'est modifié en l'absence de cette préoccupation. Cela signifie que les avantages espérés pour tous seraient plus forts que les réticences d'un propriétaire à couper son champ en deux. De plus, l'emprise au sol d'un réseau de bief serait de l'ordre de 1 km de bief/ km². La largeur des biefs et de leurs chemins de visite pourrait ne pas dépasser 2m. Cette valeur, acceptable, est plus faible celle des voies de communication. Les biefs sont donc plus faciles à tracer qu'un train à grandes vitesses ou une autoroute.
Bref, l'implantation dans le paysage nécessite une modification des mentalités et des habitudes car l'agriculture de demain sera obligée de compter avec la gestion globale de l'eau car elle a plus à y gagner que ce que certains pourraient croire avoir à y perdre.
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© Tous droits réservés 1999 Les Biefs du Pilat