Les biefs et les zones inondables :

Les petits ruisseaux font les grandes rivières.....Chaque fleuve est le résultat de rivières qui rassemblent les eaux d'une multitude de bassins versants . Depuis la source de chaque rivière jusqu'à l'embouchure du fleuve, le profile en long est progressivement à pente décroissante. Mais en fait, si on examine de plus près le profile en long d'une rivière, on constate une succession de paliers faisant alterner des tronçons à pente plus forte dans des vallées étroites suivis de zones à faible pente, plus larges et plates . Les variations de débit de la rivière et la géologie des différents terrains traversés sont à l'origine de la formation de ces paliers .
Lorsque le débit augmente dans le lit mineur de la rivière et là où la pente est forte, la vitesse de l'eau devient telle que les berges et le fond subissent une érosion et toutes sortes de matériaux sont entrainés par le courant.
Plus loin, dès que la pente diminue, la vitesse diminue et la section mouillée augmente car les matériaux les plus lourds se déposent dans le fond du lit mineur et obligent le niveau de l'eau à remonter et la rivière à sortir de son lit mineur pour transférer une partie de son volume d'eau dans le lit majeur .
Ces phénomènes naturels de débordement par inondation permettent à l'eau de se clarifier et à la rivière d'étaler elle-même le flux en ralentissant la vitesse de l'eau et en permettant aux terres du lit majeur de s'enrichir d'éléments minéraux propices aux cultures .
Un fleuve (ou une rivière) dessine donc naturellement tout au long de son lit les niveaux respectifs des lits mineurs et majeurs en fonction de l'ensemble des paramètres topographiques et hydrauliques auxquels il est soumis de façon à inonder progressivement le lit majeur à chaque variation de débit.
Au fils de siècles ces zones inondables ont donc vu leur niveaux monter par accumulation de matière et le lit mineur de la rivière s'y déplacer dans des méandres mouvants.
Si aucune activité humaine ne venait modifier les paramètres d'écoulement des bassins versants des rivières ,la nature dessinerait harmonieusement le paysage et les écoulements seraient paisibles bien que variables. Malheureusement, depuis des siècles, les hommes modifient les paramètres d'écoulement sur la surface de la terre sans se soucier des conséquences des mécanismes hydro-géologiques des lits mineurs et majeurs sur le fonctionnement de la rivière. Les endiguements des berges des lit mineurs visant à protéger les cultures ou les activités implantées sur le lit majeur ont eu pour conséquence d'augmenter la vitesse d'écoulement de ces lits mineurs et donc de les creuser par érosion et d'augmenter les inondations aval dans des zones habitées .
Ces zones inondables font partie de la rivière et de plus les pressions hydrauliques qu'elles exercent sur les profondeurs alimentent également des eaux plus profondes nécessaires à l'activité géothermique. Pour mieux expliquer ces phénomènes il faut comprendre que les écoulements permanents que sont les fleuves sont à considérer comme étant les surplus de la pluie qui n'ont pas été capté par la végétation de l'ensemble des bassins versants ,ou pris par l'infiltration directe sur toute la surface, ou encore qui ont échappé à l'évaporation. Ces surplus d'eau de ruissellement ne se contentent pas de s'écouler plus ou moins directement jusqu'à la mer en augmentant le débit à chaque apport d'affluent. En fait, une rivière fonctionne également comme un oued : c'est à dire qu'elle perd aussi de l'eau par infiltration dans ses lits mineurs et majeurs. Ces surplus alimentent donc par infiltration les matériaux alluvionnaires en profondeur. Ce flux d'infiltration peut prendre deux directions:l'une, horizontale, est dans le sens de l'écoulement de la rivière à travers les alluvions et retourne tôt ou tard à l'océan; l'autre, plus verticale et même ponctuelle, alimente l'eau du cycle géothermique selon que les matériaux de l'écorce terrestre sous la rivière sont perméables ou non pour lui permettre de prendre cette direction.
Ce débit d'infiltration profond de l'écorce terrestre par l'alimentation permanente des rivières et fleuves est indispensable à l'alimentation des sources d'altitude. Les zones alluvionnaires que l'on trouve tout au long du profil en long des rivières et fleuves sont envahis par les activités humaines qui bordent les lits mineurs et les forcent à se creuser même dans les zones alluvionnaires naturellement prévues pour les laisser déborder pour ralentir leur vitesse d'écoulement.Ces activités irréfléchies ont pour conséquences d'aggraver la situation plus en aval en forçant la rivière à accepter un débit plus important qu'un débit naturel qui serait défini par la rivière elle-même si on la laissait faire son travail d'auto régulation tout au long de son lit.
Le mal concernant l'emprise humaine sur les zones inondables des rivières étant déjà fait, on a tendance à compenser ce manque d'auto régulation par une régulation humaine visant à atténuer les effets pervers des conséquences du manque de vue globale en matière d'écoulement naturel de rivières.
La construction de barrages réservoirs en travers des rivières permettant de réguler les écoulements à volonté n'a pas que des qualités.D'autant plus que ces barrages ont d'autres fonctions et d'autres effets pervers. L'eau stagnante des plans d'eau colmate les fonds et ne permet pas au flux d'eau souterrains de se filtrer, de s'enrichir au travers des alluvions ni de pénétrer en profondeur vers le cycle de l'eau géothermique.
Cela a pour conséquence d'augmenter la part d'écoulement et de diminuer celle de l'infiltration.
Un système de répartition de l'eau , constitué de biefs sur les deux rives du bassin versant de chaque rivière et à espacement régulier en altitude, permettrait de superposer, de façon peu encombrante et élégante pour l'environnement , un réseau de distribution complémentaire et réparateur aux écoulements naturels que sont les ruisseaux et rivières. Ce réseau serait complété lui-même par des plans d'eau tampons pouvant être de préférence situés en dehors des talwegs et alimentés par des biefs plus larges pour mieux gérer l'ensemble des investissements et des ressources en eau.
La technique des biefs va dans le sens du comportement de la rivière qui cherche à déborder sur les cotés chaque fois que le débit augmente. Ce procédé peut aider la rivière à aller au-delà du simple fonctionnement normal en sortant des volumes d'eau en dehors des lits majeurs pour alimenter le cycle de l'eau souterrain en diminuant les effets destructeurs des inondations excessives et en permettant de tirer partie des potentialités de l'eau pour d'autres utilisations.


© Tous droits réservés 1999 Les Biefs du Pilat